traduction

mercredi

hérisson et poisson






vendredi

ex-machina


.
.
.

.
hier encore, quelqu’un criait son nom, quelqu’un qui appelait, qui criait si fort qu’on eût fini par se réveiller un hurlement dans la tête, ce nom dont on ne se souvenait plus, ou qu’avec peine, échappé du rêve comme pour réclamer quelque lettre blanche, quelque espace d’emprise ; hier, on l’avait entendu sans le comprendre, et aujourd’hui, le voici qui hurle sa révolte ; dans cette ville où chacun va se contournant soi-même, il serait pourtant si aisé de les abattre ces murs qui nous empêchent, toutes ces portes aveugles ne donnant sur rien sinon des sous-sols, il y aurait peu de difficultés à en arracher les masques ; dans ce monde où tous vont sans plus se savoir, qui se lèverait et travaillerait à mieux s’épier irait, de la même manière, cheminant dans le dehors, irait libre de sa pensée, ne s’ignorerait plus dans sa marche, puisque s’effaçant d’un mensonge, déjà il commencerait à parler.
.
et même, resterait-il le moindre de nos noms que le jour reviendrait sur nos têtes, se ferait sa place jusque dans le songe, et que celui-ci s’effondre pour que s’en élabore un nouveau, mais en commun. Un seul suffirait à nous saisir, à nous tirer du tumulte et du silence, un seul, rien qu’un seul reconstruirait les tempêtes et les heurts quotidiens, la foudre cannibale de la conversation ou le miroir fou de la mémoire, rien qu’un et, au sein de la cité, à nouveau surgirait le chaos fertile.
.
.
.
.
.

mercredi

1597

987













pile ou face, c'est parfois la seule solution qui s'offre à nous, ou tirer à la courte paille, puis se lancer, une bonne fois pour toute, oublier un peu les autres, qui attendront encore. Sur la photo, il y a déjà eu choix, tri, sélection, et puis il y a aussi ceux qui jamais ne regagnent les étagères.


il y a ainsi Les Essais de Montaigne, puisque Bible, puisque porte ouverte sur l'infini de la pensée, et puisque lecture à renouveler, sans cesse. Les Essais, car ce livre aide, n'apporte aucune réponse, mais enracine la réflexion, ce livre trouve, nous trouve, mais en nous-même. En tête de ma liste donc puisqu'à la fois le plus alléchant et le plus indigeste, celui vers lequel toujours je me tourne et que peut-être jamais je ne réussirai à finir.

ensuite, Fernando Pessoa, qui de manière différente vise dans la même direction, O Livro do Desassossego, en français Le Livre de l'intranquilité (et pour une fois nous avons la chance d'avoir à notre disposition de bonnes traductions, je conseillerais par exemple celle de Patrick Quillier, éditée chez Christian Bourgois). Et encore une somme qui ne peut quitter le pied du lit, une suite de fragments retrouvée dans une malle au début des années 80, soit près de 50 après la mort du poète portugais, une pensée du quotidien qui tend vers l'onirisme pour peut-être mieux parler de tout ce qui nous entoure, ce qui nous lie les uns aux autres. Pour toutes ces raisons, ce livre n'est pas le plus alléchant, ni le dernier à être lu, il n'a sa place qu'au chevet.

voici donc pour moi le moment de jouer le jeu,

et pourtant je vais une fois de plus dévier, puisque le troisième livre de la pile se trouve entre Fureur et mystère ; René Char, toujours nécessaire, le poème de René Char qui parle de "tout ce qui a le visage de la colère et n'élève pas la voix".

cette fois, on y est, les lectures du moment,

valter hugo mãe, o apocalipse dos trabalhadores, un roman fabuleusement moderne sur le Portugal d'aujourd'hui, pas encore traduit en français, mais je m'engage devant vous à faire en sorte que ce texte magnifique puisse arriver entre vos mains françaises avant le prochain automne !

dans toute liste, il faut un livre conseillé par quelqu'un que l'on aime, pour ma part, c'est donc Apprendre à finir (aucun rapport avec ce que j'ai dit des Essais), de Laurent Mauvignier, un texte dur, sinueux, époustouflant, bref et/mais difficile, un texte que je suis heureux de découvrir quand bien même il me met parfois mal à l'aise.

celui que je finirai nécessairement par lire, un jour ou l'autre, L'Orgie de John Fante, mon héros. Dans cette liste car on ne se lasse jamais des aventures de Arturo Bandini. Celui-ci fait partie de ceux du même auteur que je n'ai pas encore lu, et je traine, je traine, pour la simple raison que le réservoir commence à se vider et que lire un Fante est toujours un pur moment de jubilation, alors je me le garde pour un mauvais jour. Surtout je me le garde pour savoir en moi-même qu'il y a encore un Bandini qui m'est inconnu !

enfin, dernier de la liste, dixit n°6, en attendant le 7, ici présent par déformation professionnelle, auto-promotion, et envie de vous parler de notre travail avec l'association du même nom, dixit donc, avec laquelle nous publions cette revue de poésie toulousaine (mais disponible hors de midi-pyrénées, si ! si !). Je me contenterai ici de vous renvoyer au blog, ou pour plus d'informations, laissez donc un commentaire et je me ferai une joie de vous répondre.


Bien, j'espère donc avoir répondu à la demande. Dernière chose, je n'ai pas de victime en vue, donc muscarii, je t'offre ce bonheur, tu as désormais le droit d'en choisir une pour moi (quelle chance tu as, n'est ce pas !).







610

233

mardi

144






jour de colère dans les puits, ton temps tu le passes à retourner, comme s'il ne t'avait pas suffi d'une apparition, ou alors, va là, au pôle, à l'extrême incurie de toi-même, mais de grâce, finis-en bientôt avec le détour, il te ralentit, il t'encombre, et tu n'y trouves rien à t'ajouter, rien pour t'additionner à l'autre, le plus courageux que toi, tu n'y vois même rien à redire, après la chute, après l'effacement du possible, rien de plus, ignorant que tu as déjà beaucoup, avec ta honte de vouloir plus, va, va plus sûrement maintenant, et parle





89

samedi

55






ma parole ! de quel sommeil es-tu sortie, sous quelle porte es-tu passée, entre quelles eaux m'as-tu appelé, quelle chute veux-tu me faire prendre, quelle partie de toi dois-je effacer, à partir de quelle heure m'accepteras-tu, dans quelle rue nous sommes-nous croisés, de quel regard m'as-tu traversé, avec quelle main t'es-tu cachée, pour quelle raison n'as-tu rien dit de plus, dans quel rêve voudrais-tu apparaître, par quel miracle nous faudrait-il s'évader l'un de l'autre, en quelle demeure devrais-je t'accueillir, en dehors de quel corps nous habiterons-nous, depuis quel jour m'ignores-tu sans pour autant m'abandonner, sur quel doute t'es-tu fondée, quel autre que moi, quel autre que moi espérais-tu, quel autre, quel autre que toi ai-je fait venir, quelle absurdité que nous deux sans vraiment y être, quel autre que nous, quel autre





34

dimanche

21






ne pense plus, de grâce, n'y pense plus, ou je me verrai obligé de prendre le contre-pied, et de sortir par la fenêtre, de partir me réfugier hors de moi-même, c'est que parfois je ne peux déjà plus me ressembler, non que je te le reproche, je n'en ai plus la force, c'est juste que tu m'auras épuisé, sache le, et qu'aujourd'hui j'ai envie de te couper les mains, que jamais, plus jamais, elles ne me caressent, qu'elles ne puissent venir me parler de toi, c'est que maintenant j'ai décidé de te récuser, de t'interdire l'accès de cette maison dont je t'avais laissé les clefs avant que tu n'en profites pour y changer les verrous, ne pense plus, de grâce, oublie moi, il faut que je me repose maintenant





13

8






je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, je perds mes mots, combien de fois par jour, devrais-je te le répéter qu'avec toi je perds mes mots






5

3






mais oui, mais tu as raison, mais éteins la ma folie, ou mets la moi en face à face, si tu l'oses, moi je la jette au feu, qu'elle fasse des braises pour ceux qui viendront au hasard, je la noierai même s'il le faut, tu sais, rien ne m'effraie plus aujourd'hui, non, rien qui ne vienne m'interrompre si à la fin je suis à toi, comme tu es mienne, car je ne sais que rester en dehors, au plus proche des choses ou dans le crépuscule de la main, tout contre toi, à côté, là, dans le souffle et sous le poids de l'ombre, comme prêt à échouer, parmi les odeurs rances du souvenir et les diatribes à écourter, oui, de grâce, fais, mais fais que ce soit rapide, et sans apostrophe, je me suffis déjà bien assez à moi-même, alors à deux, tu penses bien, il faudrait me l'offrir le courage, et puisqu'on en est à citer, j'aimerai te dire que de toute manière il y a bien longtemps que de battre mon coeur s'est arrêté,





2

1






mais avec quels mots seulement pourrai-je encore continuer à dire maintenant que tous me semblent tellement usés, à force de traverser cette bouche ; à la longue ils me fatigueraient, s'ils continuaient sans cesse à revenir, à me tourner la langue, que d'ailleurs je me suis asséché d'un soleil entier qui s'inclinait, mais qui penchait tant et si bien qu'il finit par ne plus rien éclairer du tout, une lumière rase et refroidie, au plus près du sol et de la terre, comme perdue dans les mains du silence, une vacance pour l'étoile presque, ou pour le moins une décision de la rendre, de la laisser au plus offrant, une manière comme une autre de lui intimer de s'en aller, voilà, qu'elle me laisse dans ma solitude dorénavant, qu'elle me préserve d'elle, qu'elle disparaisse, ou qu'elle se taise, à jamais, et que je puisse demeurer l'analphabète, le verso du poème, l'oublié, ou alors qu'elle me mange, définitivement, que nous n'en parlions plus, le temps de s'interrompre au beau milieu de l'autre, le nocturne, celui qu'on attendait plus, à portée de vue pourtant, à quelques encablures de la démence ;





1